Laurent Chevalier est cardiologue du sport. Face aux images de sportifs professionnels ou du dimanche qui s'entraînent intensément à domicile et sans surveillance, il lance un cri d'alerte à propos des risques cardiaques encourus en cette période d'épidémie virale.

 

 

« Qu'est-ce qui vous incite à prendre la parole ?
Les vidéos ou messages qui circulent sur les réseaux sociaux où on voit des personnes effectuer du sport de manière beaucoup trop intense. Il y en a qui pédalent comme des timbrés dans leur appartement, d'autres qui font des parcours style cross fit à bloc. J'ai même vu un message sur un type qui a couru un marathon sur son balcon, avec six heures d'effort cumulées. C'est un vrai problème en période d'épidémie virale comme celle que l'on traverse.

 

Pourquoi ?
Déjà, en temps normal, les infections virales ne sont pas compatibles avec l'effort. Quand on a de la fièvre ou des courbatures, on doit absolument arrêter le sport et ne pas en faire pendant les huit jours qui suivent. C'est une des règles d'or édictées par le Club des Cardiologues du Sport dès 2006 mais elle reste encore largement ignorée ou négligée. Le risque, c'est la mort subite ; le virus se propage au muscle cardiaque et provoque une arythmie qui peut être très dangereuse.

 

Le risque est-il plus élevé avec le Covid-19 ?
On sait juste que ce virus peut lui aussi atteindre le coeur. Et il est très contagieux, il se répand très vite ; la période d'incubation est longue, une quinzaine de jours, et très souvent sans symptômes, sur un mode quasi-silencieux. On ne s'aperçoit pas qu'on est porteur mais le risque est bien présent.

« Le risque, c'est surtout la durée de l'effort et l'intensité. Il s'agit donc de ne pas produire d'effort violent, de rester en dessous de 80 % de sa fréquence cardiaque maximale ».

 

Comment se protéger du risque d'accident cardiaque si on ne sait pas qu'on est porteur du virus ?
Le risque, c'est surtout la durée de l'effort et l'intensité. Il s'agit donc de ne pas produire d'effort violent, de rester en dessous de 80 % de sa fréquence cardiaque maximale. Et de ne pas faire de séances longues, ne pas dépasser une heure. Et ne surtout pas s'envoyer à fond.

 

Ce message s'adresse aux sportifs professionnels ?
À tout le monde, même au pratiquant du dimanche. Il y a beaucoup de jeunes sur les réseaux sociaux, tentés de se lancer des défis, et les jeunes ne sont pas toujours raisonnables... Pour ce qui concerne les sportifs professionnels, l'attention doit être portée sur la surveillance quotidienne de la température, la limitation des entraînements qualitatifs à haute intensité, et bien sûr l'arrêt complet en cas de fièvre ou de courbatures marquées.

 

Quels sont les sports les plus à risques ?
Tous les sports où il y a une vraie culture de l'intensité. Attention à toutes les activités indoor très intenses que certains vont découvrir dans les jours qui viennent. Mais il en est de même pour les footings autorisés en cette période de confinement : courir à allure sous-maximale, bien sûr, mais pas de fractionnés soutenus. »

 

 

 

- Dominique Issartel via lequipe.fr -


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